Ce que SOVE LONÈ propose, c’est une stratégie de croissance par le bas. La stratégie de croissance par le bas est basée sur l’hypothèse qu’un pays dans lequel l’immense majorité de la population ne sait ni lire ni écrire, ni ne mange à sa faim, et est toujours malade, ne peut pas, ne pourra jamais disposer de la quantité d’épargne et d’investissement qui leur seraient nécessaires pour participer à la production. Pas davantage une telle population, quelque soit le cas de figure, ne pourra être assez productive pour augmenter le rendement de ses travailleurs et des secteurs de production. Ce dont il s’agit dans la politique de réduction des inégalités que propose SOVE LONÈ, ce n’est pas seulement, ni même principalement, de demander qu’on redistribue équitablement le revenu actuel, tel qu’il est concentré entre les mains d’un petit nombre de cuisiniers qui préparent un gâteau trop petit. Ce que veut SOVE LONÈ, c’est de faire que les jeunes, les femmes et les marginalisés deviennent tous à leur tour des cuisiniers et qu’ils préparent un plus gros gâteau.
La stratégie de croissance par le bas s’appuie sur 3 pôles :
A. Le renforcement et l’élargissement de la classe moyenne productive.
En Haïti, il y a un double problème des classes moyennes : un problème social, un problème économique.
Le problème social réside dans le fait que notre classe moyenne n’est pas assez riche pour monter dans la bourgeoisie et qu’elle ne se croit jamais assez pauvre pour rester avec le peuple. Notre classe moyenne est donc tiraillée, perpétuellement dans un état de suspension entre l’illusion de grandeur et les risques de la déchéance, une déchéance qui n’est jamais très loin car il suffit que le mari perde son travail, qu’un enfant tombe malade pour que très rapidement les traites de la voiture ne soient plus payées, que la construction de la maison s’arrête et parfois même, que les carnets de notes des enfants doivent passer les vacances à l’école.
Sur le plan économique, la classe moyenne n’a pas un large accès au crédit bancaire. Même pour de bons projets, les taux d’intérêts sont trop élevés pour elle, et les banques ne font la cour qu’aux gros clients. Pire, le peu de place qu’elle occupait jusqu’ici dans le commerce de détail et des boutiques est de plus en plus accaparé par les super marchés à l’américaine,
Dans l’agriculture, les signaux de prix seront corrects et les producteurs ne seront pas discriminés. Nous entreprendrons l’effort nécessaire pour localiser, identifier l’authenticité des titres de propriété de manière à accroître leur transférabilité et rendre le marché attrayant pour les transactions des petits exploitants et conformément à notre politique de développement par le bas, l’État mobilisera les ressources financières nécessaires à la création des infrastructures, à l’identification et la mise en valeurs de celles des variétés de cultures pour lesquelles il existe un marché potentiel à l’exportation, à la facilitation des contacts entre les firmes importatrices à l’étranger et les fournisseurs locaux et à une aide financière et technique importante préférentielle.
Quant aux petites et moyennes entreprises, L’État financera à hauteurs de 75% les dépenses de formation des entrepreneurs, d’études de marchés, de recherche de technologies et aussi de recherche de partenaires étrangers. L’aide à la gestion qu’apportera l’État aux petites et moyennes entreprises portera aussi bien sur la phase avant que la phase après financement et comprendra un paquet de services intégrés, financiers et techniques à chaque phase du cycle de projets depuis la préparation des plans du projet jusqu’au plan de financement, la facilitation d’accès au crédit, la mise en contact avec la Société Financière Internationale pour le capital à long terme, la production et la commercialisation.
De même, n’importe quelle privatisation des entreprises aura la classe moyenne comme bénéficiaire principale. Nous créerons un Trust Fund pour les privatisations. Ce Fonds gardera dans son portefeuille, avec mission de les vendre à de petits et moyens investisseurs, des blocs d’actions de toutes les entreprises publiques dont capital aura été vendu å 51% à des investisseurs privés. L’objectif du Fonds serait double: développer le marché des capitaux et stimuler la création de la classe moyenne d’entrepreneurs. Le Fonds émettrait des actions à travers des intermédiaires financiers et des offres publiques. Le Fonds fixerait la limite supérieure du nombre et de la valeur des actions que chaque personne peut détenir.
B. Investir massivement dans l’éducation.
Une seconde composante de la croissance par le bas sera l’investissement massif dans l’éducation.
L’éducation est en effet l’instrument clé de notre stratégie de croissance par le bas. Les pauvres, sans avoirs autre chose que leur force brute de travail, dépourvus de savoir et de santé qui sont les atouts critiques pour produire, ne sont pas en mesure, à leur tour d’exploiter les opportunités du processus de croissance et de ce fait même, le bas niveau d’accumulation de capitaux humain de la majorité de la population haïtienne retarde la croissance économique d’ensemble et aggrave la pauvreté. Et c’est l’éducation qui est le facteur d’explication majeure pour laquelle la distribution inégale du revenu limite les possibilités de croissance : les familles avec des ressources limitées n’ont pas assez d’argent, surtout en Haïti, pour envoyer leurs enfants à l’école. Les familles qui ont peu d’éducation sont celles qui font le plus d’enfants et, par ce fait, elles aggravent et renforcent le cercle vicieux de la pauvreté et de l’inégalité.
Investir massivement dans l’éducation, c’est donc ce qu’on pourrait appeler faire « dekabès ». D’une part, on augmente la productivité de la force de travail, d’autre part on réduit les inégalités.
A. Sur l’augmentation de la productivité, une force de travail éduquée apprend plus de choses plus vite, est mieux en mesure d’absorber -et d’apprécier- les nouvelles technologies et elle devient plus productive. Ceci se reflète parfaitement dans la prime de salaire qui varie de 5% à 15% pour chaque année supplémentaire de scolarité. De même, quelqu’un qui a terminé l’école primaire et qui travaille pour la première fois a toutes les chances de gagner 50% de plus que quelqu’un qui n’est pas allé à l’école.
B. En ce qui concerne l’apport de l’éducation à la réduction des inégalités, il suffira de se rappeler que c’est la différence de niveau de revenus entre les Haïtiens qui est au coeur de l’inégalité et que, moins il y a de gens qui ont atteint un certain niveau d’éducation, plus ils bénéficient d’une prime de savoir considérable puisqu’ils sont peu nombreux.
A l’inverse, nous postulons que le potentiel de croissance d’un pays comme Haïti est considérable car le jour où tous les Haïtiens, quelle que soit leur condition, auront eu une chance égale à l’éducation, nul ne peut prévoir, je dis bien, nul ne prévoir à quel niveau d’innovation, de création, d’inventivité et de productivité notre pays pourrait parvenir.
Nous sommes loin du compte. 600.000 enfants d’âge scolaire ne fréquentent pas l’école. La grande majorité des gens ayant suivi les cours d’alphabétisation (67.4%) déclarent ne savoir ni lire ni écrire. Sur 1000 enfants qui entrent en première année du cycle primaire, seulement 38 terminent le cycle secondaire. Et de ce secteur de l’éducation, si vital pour la société et l’économie, l’État est virtuellement absent. La grande majorité des enfants scolarisés sont dans les écoles privées (75% dans le primaire; 82% dans le secondaire). L’objectif de notre politique d’éducation portera sur quatre axes : i) élargir l’accès, ii) améliorer la qualité, ii) augmenter le rendement et iv) ouvrir le système éducatif à la révolution de l’informatique. Les ressources consacrées à l’éducation, en termes de pourcentage du PIB, seront de près du triple du niveau actuel.
Quant à la santé, le poids de la maladie sur les enfants est considérable. Toutes les deux semaines, la moitié d’entr’eux a la diarrhée. Pour 1000 naissances vivantes, il en meurt 130 avant l’âge de cinq ans. La mortalité maternelle est située à 460 pour 100,000 naissances vivantes. Des couts de la santé, la communauté internationale supporte un très grand poids, a peu près le 1/3 de ses dépenses et l’État moins de 1% du PIB. En théorie, 3 millions de personnes dans les villes ont accès à des services de santé. Sur les 4 millions qui restent, la moitié a accès à des services de santé communautaires. Il y a donc 5 millions et demi d’Haïtiens qui n’ont pas accès aux services de santé.
Or, il n’existe pas dans le monde l’expérience d’un pays sous développé qui ait réussi à améliorer l’accès de sa population aux soins de santé sans avoir un nombre de centres de santé et de cliniques suffisant pour mettre l’offre de santé à une distance de 6Kms de la maison pour toute la population, sans distinction, qui ne dispose pas d’un ratio élevé de personnel de santé par rapport à la population, d’un vaste programme d’immunisation et d’un vaste programme d’assainissement. Dans ie cadre de sa stratégie de croissance par le bas, SOVE LONÈ remédiera à ces carences. De plus, en ce qui nous concerne. L’accès à la santé sera gratuit pour toute personne sans ressources ou pour toute personne disposant d’un revenu inférieur au salaire minimum.
C. Diversifier les recettes d’exportations
Une troisième dimension de notre stratégie de développement par le bas portera sur celles des recettes d’exportations susceptibles de provenir de l’expansion de l’industrie internationale des services. Par exemple, le coût élevé de la santé aux USA fait qu’il est plus économique pour les Américains d’aller suivre des traitements dans les pays limitrophes par exemple au Mexique ou le coût d’une visite médicale est de 60% moins cher qu’aux USA. Il existe une tendance de plus en plus répandue de la part des citoyens des pays riches à prendre leur retraite à l’étranger, en particulier dans des climats chauds et dans des pays au coût de la vie pas élevé. Un grand marché est en train de s’ouvrir. Sur les 50 prochaines années. la population des plus de 65 ans aura augmenté de 1 milliard et un changement radical de la structure de la population mondiale est en train de se produire. Dans les pays riches, 9.2% de la population avaient 65 ans en 1960. En 1990, cette proportion était de 13.3%. En 2020, elle est de 20.2%. Compte tenu du nombre de médecins et d’infirmières qualifiés que nous avons, en Haïti, et aussi du nombre de ceux qui ont acquis une grande expérience professionnelle à l’étranger, SOVE LONÈ pense que Haïti a le potentiel d’un grand avantage comparatif dans ce secteur.
Quant au tourisme, nous mettrons l’accent sur le tourisme chez l’habitant et sur le tourisme écologique, davantage susceptibles de concourir au succès de la politique de stratégie par le bas et d’élargissement de la contribution de la classe moyenne à la production.
II va de soi que l’efficacité de notre politique de croissance par le bas serait pratiquement réduite à néant, en tous cas fortement compromis si un effort encore plus détermine n’était entrepris pour réduire le taux d’accroissement de la population. Le taux d’augmentation naturelle de la population est élevé, bien au-dessus de 2% per an. En termes absolus, il correspond à une augmentation de population de 150,000 par an. L’immigration en 1996 était de 20.000 par an. Même avec un programme vigoureux de planning de la reproduction et en gardant inchangé le taux d’immigration de 20,000, la population augmentera de 2.000.000 de personnes d’ici 2030. Il nous faut donc accélérer et renforcer les programmes de planification familiale, notamment en renforçant le taux d’utilisation des contraceptifs dans une proportion de 2% par an, notamment à travers la multiplication des centres de distribution, ce qui aurait pour effet de faire baisser le taux de fertilité de 4.8% enfants par femme en 1995 à environ 3 enfants en 2030. Autrement, en 2030 ce n’est plus 100,000 jeunes qui arriveront chaque année sur le marché du travail comme c’est le cas maintenant, mais 190,000 c’est-à-dire près du double. Comme il n’y a pas déjà de travail pour ceux qui arrivent maintenant, toute performance insuffisante de la politique en cours de planning familial compliquerait considérablement les chances de réussite de notre politique de développement par le bas et réduirait le niveau de revenu par tête, quel que soit par ailleurs le taux d’augmentation du revenu.
De même, il nous parait impératif que la quantité des terres arables disponibles cesse de diminuer et que cesse l’érosion du sol, par une stratégie intensive de développement rural, basée sur une combinaison de reforestation, d’irrigation, de routes d’accès, de formation des petits exploitants en matière de conservation des sols et de l’eau, de commercialisation et de production. De tels projets coûtent cher, notamment en infrastructure et en irrigations mais l’alternative qui consisterait à ne pas les faire signifierait une dégradation supplémentaire du potentiel agricole, c’est-à-dire une non-option.